Rufus

Des yeux sous les valises

Ce qui me plait dans ce métier c’est que ça fait rire les gens. Oui, parce que si c’est mon rôle sur scène, c’est aussi mon métier en fait c’est ma vie.
Rufus

Et Rufus raconte tendrement, vertigineusement sa vie sur scène.

Non Rufus n’est pas le nom d’un chien comme pourrait le laisser croire une recherche sur internet qui renvoie obstinément à des photos de chiens au comique las.
Rufus est un comédien connu comme le loup roux, et Jacques Narcy né le 19 décembre 1942, à Riom (Puy-de-Dôme) prendra le nom de scène de Rufus, le roux pour éviter les chats noirs de la vie. Et Rufus avec sa drôle de dégaine sur scène, ses valises innombrables, ses yeux de cocker amoureux crée une atmosphère étrange dès qu’il paraît hagard, perdu, toujours dans son planeur qu’il a du garer en coulisses.

Il est plus qu’un clown triste ou gai selon les instants. Il est le créateur rationnel d’un univers absurde, maladroit et tendre.
Au plus près du quotidien, tout à coup ses valises sans fond nous basculent dans les questions existentielles, et des voix appellent de l’intérieur.
Et puis, au plus profond du puits de ses angoisses pascaliennes, de grandes et tendres pirouettes nous ramènent à terre.

Des histoires, sans queue mais avec beaucoup de têtes, nous parlent de notre condition humaine.
De "clones en clowns" Rufus est le passeur du vertige avec la barque de ses mots, sa poésie fraîche et dérisoire, son sourire à fendre la glace.
Vertige des mots, des histoires à tiroirs, des questions sans fin pour une histoire sans fin, le voyage proposé dans "l’escalade" est le concentré de toutes les recherches drôles et pathétiques du bonhomme depuis des lustres et des lunes.

Parfois pour se faire plaisir, pour son anniversaire par exemple il emprunte ses textes aux autres. Il joue alors les Fantaisistes en détournant pêle-mêle Coluche, Raymond Devos, Alex Metayer, Marc Jolivet, Fernand Raynaud, Muriel Robin, Jacques Villeret, Zouc, Pierre Palmade, Bernard Haller... et un certain Rufus.

Rufus est chanteur, Rufus est acteur, Rufus est comédien, Rufus est... planeur. Il a tendu un fil invisible au milieu de la scène et il marche en équilibre sur les mots, funambule délicat.

Il a marqué à jamais les pièces de Beckett (« Fin de partie » et « En attendant Godot ») ou d’autres, Auguste Auguste, Auguste de Pavel Kohout, Dieu, Shakespeare et moi de Woody Allen,...). Et toujours son personnage décalé comme un personnage de Sempé ou de Rufus lui-même, induit une poésie fragile.
Les films et les téléfilms où son étrange personnage apparaissait l’ont éloigné de la scène vivante. mais il dit que ce qu’il a le réussi de mieux dans sa vie c’est rater sa carrière !

Mais il est surtout un créateur d’un univers personnel, tendre et absurde, délirant et fraternel, effrayant et cocasse.

De "clones en clowns" Rufus est le passeur du vertige avec la barque de ses mots, sa poésie fraîche et dérisoire, son sourire à fendre la glace.
Vertige des mots, des histoires à tiroirs, des questions sans fin pour une histoire sans fin, le voyage proposé dans "l’escalade" est le concentré de toutes les recherches drôles et pathétiques du bonhomme depuis des lustres et des lunes.

S’attaquant à l’immortalité en pièces détachées, aux miroirs sans tain de nos étranges jours et clonant à l’infini l’absurde, Rufus nous entraîne dans son spectacle comme quand dans un rêve où on raterait une marche.

Effrayé et léger à la fois, on suit ce prophète délirant des fausses réalités sans issue. Flanqué d’une machine à rencontrer Dieu, Rufus avec la lanterne de l’absurde et de l’éphémère, à la main, nous conte l’histoire de ce comédien, monument historique, trop important pour s’user au contact du public et auquel il faut substituer sans trêve des remplaçants, pièce par pièce. Le jeu du dedans et du dehors, du néant et du réel se referme sur nous comme ces valises qui ont si longtemps accompagné notre héros lunaire et qui deviennent les portes d’au-delà des yeux.

Rêvant qu’il est le rêve de chacun de nous, il crée un salubre malaise sur l’illusion, le théâtre et sa fiction. Rufus a toujours su rendre palpable un monde gigogne. Sorte de Kafka tendre, il est le funambule qui a tendu son fil, sa toile d’araignée entre réel et irréel. Son "délire psycho-poétique" en dit bien plus long sur notre monde décalé que bien de savantes gloses philosophiques.

D’autant que mettant son immense carcasse en danger Rufus titube dans les mots, dans les gestes pour rendre son reflet plus réel que lui-même.
L’étonnant est que l’on s’éveille de son spectacle avec la joie secrète d’être allé de l’autre côté du miroir, d’avoir tutoyé nos rêves, et avec ces quelques grains de malaise sur la langue qui témoignent comment Rufus a touché juste et profond dans nos consciences.
"L’escalade" est donc un voyage initiatique, au travers des mondes des possibles, où

Lucidité aux lèvres, Rufus s’avance sur scène. Il était fou de planeur cela a donc été assez dit, d’autant plus qu’il a arrêté et tout vendu, maintenant il reste en apesanteur par les mots et les gestes.

Son livre de chevet est Le Prophète, de Khalil Gibran, comme tout un chacun et non pas Kafka ou Beckett qu’il semble habiter pourtant.
D’autant que mettant son immense carcasse en danger Rufus titube dans les mots, dans les gestes pour rendre son reflet plus réel que lui-même.
L’étonnant est que l’on s’éveille de son spectacle avec la joie secrète d’être allé de l’autre côté du miroir, d’avoir tutoyé nos rêves, et avec ces quelques grains de malaise sur la langue qui témoignent comment Rufus a touché juste et profond dans nos consciences.

Gil Pressnitzer L’humour est une question de survie : c’est la braise d’où repart la vie. Rufus vit cette devise.
"L’escalade" est donc un voyage initiatique, au travers des mondes des possibles, où Lewis Carrol tend la main à Kafka. Tout y est émouvant et drôle.
Et nous partons terriblement plus légers qu’en arrivant et nous connaissons son secret dorénavant: RUFUS A UN PETIT VELO FAITES PASSER ! Et ce petit vélo dans sa tête pédale fort dans les nôtres aussi.

Rufus le fantaisiste du vertige !